samedi 21 novembre 2009

A l'origine de Xavier Giannoli

"Est-ce un escroc ou un héros?" interroge l'affiche. Cette question fera écho pendant plus de deux heures dans la tête du spectateur, indécis jusqu'à la dernière image, à la poésie relative. Le film pose la question du Rêve, ou plus précisément du Projet dans une vie. Un minable escroc s'installe au pays des candides. Il se cherche une identité, à travers des catalogues de fournisseurs, des appels téléphoniques etc. ... Tout ce que l'on saura de sa véritable identité est son prénom: Paul, qui est davantage un acteur qu'un escroc ou un héros. La place du spectateur est ici primordiale: il en voit d'autres, à l'écran, moins informés que lui. Le suspense est créé en une trentaine de minutes: quand sera-t-il démasqué? Giannoli cerne l'enjeu de son film: aucun intérêt ne sera porté au véritable visage de l'acteur, mais plutôt à sa représentation théâtrale qui, puisqu'elle inclut les spectateurs/villageois, sera certainement plus conséquente. Les spectateurs fictifs ne prennent cependant pas conscience de leur état puisqu'ils sont des hommes d'action, prêts à travailler. La force de A l'origine vient donc de l'épaisseur dramatique apportée au suspense. Hitchcock et bien d'autres l'avaient fait avant Giannoli: pensez au coup de téléphone du Crime était presque parfait; une femme tuée est un élément dramatique propre à ce film. Ici, le drame prend une tournure sociale: on ne craint pas la mort mais la désillusion, l'abus de confiance, la trahison. Lorsque la supercherie sera découverte, les ouvriers traiteront "Philippe Miller" comme un assassin, l'homme qui a meurtri leur bonne foi et les travaux dynamisés par l'espoir d'un rebond économique. Seul mais rêveur, Paul défie alors les autorités qui le poursuivent en hélicoptère en traversant à pied l'autoroute en construction pour planter le drapeau de sa fausse société tel un cosmonaute sur la Lune. Comme un témoignage de son voyage dans l'inconnu. La route ne menait les automobilistes et les ouvriers nulle part, mais permettait à Paul de se détacher de son état d'escroc et de prendre conscience de ce qu'est la confiance, trahie, ici et ailleurs.

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